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AUSTÉRITÉ BUDGÉTAIRE: COUPER DANS L'ÉDUCATION
SANS TOUCHER À LA SURCONSOMMATION DE MÉDICAMENTS!

Depuis que le Premier ministre du Québec M. Philippe Couillard est en place, soit depuis presqu'un an, le mot d'ordre de son gouvernement a été celui de l'austérité en coupant dans les dépenses de plusieurs ministères et en augmentant le fardeau fiscal des citoyens, et ce afin d'atteindre l'équilibre budgétaire pour l'année 2015-2016.

Il est bien sûr souhaitable pour un gouvernement de ne pas accumuler les déficits financiers, car ceci risquerait trop de pénaliser l'ensemble de la population, du moins à long terme. Dans ce sens, les mesures prises jusqu'à maintenant par le gouvernement Couillard pour redresser les finances de l'État font preuve d'une certaine responsabilité.

Cependant, dans les choix des coupures annoncées, n'est-on pas, à l'inverse, en train de démontrer un manque de responsabilité et une absence de volonté sur le plan politique? N'est-on pas en train de sabrer dans des programmes qui ont amené des bénéfices non-négligeables au niveau social, et ce sans vraiment s'attaquer à l'indus- trie pharmaceutique qui, elle, génère la surconsommation actuelle de médicaments au Québec? N'est-on pas en train de couper là où, justement, il serait préférable de garder un minimum d'acquis pour éviter qu'un plus grand dérapage survienne, tout particulièrement dans le réseau de l'éducation?

D'ailleurs, selon Statistique Canada, entre 2009 et 2012, le taux de décrochage scolaire au Québec était de 10,6%, soit le taux le plus élevé au pays, comparati- vement à 8,1% au Canada. Également, en 2009, selon la Fédération des commissions scolaires du Québec, le nombre de congés de maladie était en hausse constante dans le réseau de l'éducation et 46% de ces congés étaient directement liés à l'épuisement professionnel ou à la dépression1.

En ce qui concerne la surconsommation de médicaments, voici deux citations:

"Au Québec, en 10 ans, le coût du régime d'assurance-médicament est passé de 1,3 milliard à 3,1 milliards de $. Les ordonnances, tenez-vous bien, il y en a eu 107 millions l'an dernier pour 3 millions d'usagers. Ce qui veut dire, qu'en moyenne, chaque Québécois avale 750 pilules par année."

                                                Québec sur ordonnance, film de Paul Arcand, 2007

"Au Québec,... notre confiance envers les médicaments est trop grande, nous en consommons beaucoup. En 2010, nous étions au premier rang au Canada en ce qui concerne les dépenses de médicaments, avec 1017 dollars par personne, compara- tivement à 967 dollars pour l'Ontario et 912 dollars pour l'ensemble du pays. En 2008, sur 25 pays étudiés par l'OCDE, le Canada se classait au 2e rang dans ce domaine, derrière les États-Unis..."

                                                 Claude Castonguay, Santé: l'heure des choix, 2012

De plus, au Québec, en 2011, la consommation d'antidépresseurs a coûté 420 millions de dollars au système public et aux compagnies d'assurance2.

M. le Premier ministre, n'y aurait-il pas là une avenue possible pour économiser des millions de dollars? Alors pourquoi ne pas s'attaquer à ce fléau, au lieu de couper dans les dépenses de l'Éducation? En augmentant le nombre d'élèves par classe chez les jeunes, n'êtes-vous pas en train de faire un choix qui risque d'accroître le décro- chage scolaire et les symptômes d'épuisement professionnel chez les enseignants, et ce sans s'attaquer à l'overdose de pilules que gobent les Québécois? N'êtes-vous pas en train de protéger l'industrie pharmaceutique, au détriment de notre jeunesse nationale?

De plus, en augmentant le nombre d'élèves par classe, ne risque-t-on pas de rendre encore plus symptomatiques les élèves ayant des problèmes d'apprentissage et d'hyperactivité, et d'aggraver également l'état de ceux et celles qui souffrent d'anxiété? N'est-on pas en train de placer notre système d'éducation dans une situation où les élèves devront être encore plus médicamentés?

D'ailleurs, selon une étude parue en 2013, il est plus qu'alarmant de constater que 44% du Ritalin prescrit au Canada se consomme au Québec3, alors que nous représentons 23% de la population canadienne. De même, entre 2005 et 2008, le nombre d'ordonnances d'antidépresseurs à des jeunes de moins de 19 ans est passé de 672 642 à 2 004 416, soit une hausse de 196%. Le Québec est alors devenu la province au Canada où l'on prescrit le plus d'antidépresseurs aux jeunes4.

Le refus du gouvernement Couillard de s'attaquer à la surconsommation de médicaments entraîne ainsi des choix qui, malheureusement, rendent service à l'industrie pharmaceutique. Cette dernière, de par les coupures budgétaires annoncées non seulement dans le réseau de l'éducation mais aussi dans d'autres ministères, profitera probablement d'une masse de gens (jeunes et moins jeunes) vivant des moments d'anxiété et de dépression, et ce pour augmenter ses profits.

Il est donc très décevant qu'un gouvernement prenne des décisions qui mettent en péril l'équilibre fragile actuel du réseau de l'éducation, et qui, par surcroît, permet- tent à l'industrie pharmaceutique de bien s'en tirer dans cet exercice d'austérité budgétaire, au détriment de nombreux citoyens et de programmes à caractère social. Dire ainsi que nous en sortirons gagnant sur le plan collectif contient sans aucun doute une part de tromperie, car il faudrait ne pas tenir compte des consé- quences néfastes sur la santé des gens qu'engendrent des coupures budgétaires sur de mauvaises cibles.

Martin Moisan, M.D.
Kanesatake Health Center
12 Joseph Swan
Kanesatake (Québec)
J0N 1E0

1. Article: S.O.S. des enseignants: Bulletin spécial, site Web L'essence du travail, Nicole, 17 juin 2014.
2. Selon la revue L'Actualité médicale, 19 décembre 2012.
3. TDAH: L'augmentation des prescriptions de Ritalin n'aurait pas amélioré les résultats scolaires, site Web Psychomedia, 8 août 2013.
4. Selon une étude de IMS Health.

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