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RÉFORME DE LA SANTÉ: N'EST-ON PAS EN TRAIN DE TOURNER EN ROND?

En résumé, le projet de réforme du réseau de la santé présenté tout récemment par le ministre Barrette est celui-ci:

  • Abolition des 18 agences de santé et de services sociaux de la province. Ces agences régionales ont pour mandat la coordination des services de santé, particulièrement en matière de financement, de ressources humaines et de soins spécialisés;
  • Fusion des 182 centres de santé et de services sociaux (CSSS). Ces derniers assurent l'accessibilité, la continuité et la qualité des services destinés à la population de leur territoire local.
  • Création des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), qui chapeauteront tout le réseau, à raison d'un CISSS pour chacune des 16 régions socio-sanitaire du Québec, exception faite de Montréal qui disposera de 5 CISSS.

Cette réforme devrait générer des économies de 220 millions $ dans les dépenses administratives du réseau de la santé d'ici avril 2017. On prévoit également l'abo- lition de 1300 postes de cadres.

"Le ministre Barrette s'est dit convaincu que la réforme améliorera les services aux patients dans les hôpitaux, les CHSLD et les centres de réadaptation qui relèveront à l'avenir d'une seule autorité régionale quand le projet de loi sera adopté. À son avis, il y aura une plus grande fluidité pour avoir accès à des services spécialisés1."

Il est important de souligner que l'actuel premier ministre du Québec, M. Philippe Couillard, alors qu'il était ministre de la santé en 2004, avait lui-même créé les CSSS afin de simplifier les structures, en promettant qu'elles faciliteraient l'accès aux soins et offriraient de meilleurs services. Le ministre Barrette, lui, dans la réforme qu'il propose, cherche maintenant à se départir de ces mêmes structures.

Oui, bien sûr, l'allègement de la bureaucratie est souhaitable, mais doit-on ici parler de réforme, alors que l'on tente plutôt de corriger ce qui, finalement, n'a pas donné les résultats escomptés? Ce discours disant que des structures doivent être simplifiées pour offrir de meilleurs services, n'est-il pas un refrain déjà entendu? N'est-on pas en train de balancer au grand public de la mésinformation, en laissant faussement planer que tout ira mieux? N'y a-t-il pas là un signe que le gouvernement est actuellement en manque d'idée pour solutionner les principaux problèmes de notre système de santé?

Dans le dictionnaire Larousse, la définition du mot "réforme" est la suivante: "Changement de caractère profond et radical qui est apporté à quelque chose, en particulier à une institution, et visant à améliorer son fonctionnement."

Qui dit réforme, dit donc s'attaquer aux problèmes de fond. Est-ce vraiment le cas pour ce que propose le ministre Barrette? Malheureusement non, car il s'agit d'une réorganisation bureaucratique, sans plus, qui risque même d'accentuer la dérive actuelle de notre système de santé de par les coupures budgétaires envisagées, et ce sans que l'argent ne soit réinvesti dans les services rendus à la population2. Peut-on alors vraiment parler de réforme?

Le ministre Barrette, malgré son bon vouloir, ne fait que répéter la même logique que ses prédécesseurs depuis une vingtaine d'années au Québec. Il cherche princi- palement à éteindre des feux, au lieu de mettre en place des mesures qui visent à prévenir ces mêmes feux pour qu'il en découle éventuellement des répercussions positives, dont une diminution de la surconsommation de médicaments et un désengorgement dans les urgences.

Des changements axés sur la seule bureaucratie du système de santé ne seraient ainsi qu'un débat de surface si aucune modification en profondeur n'est apportée. Ne serait-il pas encore plus important de redéfinir des mots, tels symptôme et maladie, qui ont le potentiel d'apporter une vision beaucoup plus large et des changements à ce qui se veut les bases mêmes sur lesquelles repose notre système de santé?

Si l'ensemble de la collectivité arrive à mieux percevoir que derrière les symptômes et la maladie peut se cacher autres choses, plus particulièrement des émotions (tristesse, frustration, colère, culpabilité, peurs...) et des blocages dans la circula- tion énergétique du corps humain, c'est un modèle axé seulement sur le rationnel qui diminuera son influence et qui laissera place à une vision plus globale, même si cela ne pourra faire plaisir aux compagnies pharmaceutiques et aux autorités médicales.

Ce serait là l'une des portes de sortie pour éviter l'enlisement vers un gouffre encore plus profond, et qui peut éventuellement faire économiser des sommes importantes à l'État. Il s'agirait donc de réformer un système, non pas à partir du système lui- même, mais plutôt à partir de ceux et celles qui composent le système, et ce par une meilleure connaissance et une plus grande ouverture sur les causes profondes des symptômes, au-delà d'une simple composante physique, afin d'agir davantage au niveau préventif pour diminuer le nombre de consultations médicales. De là, entre autres, l'intérêt de s'ouvrir aux approches complémentaires (psychologie, acupunc- ture, ostéopathie...), sans pour autant négliger tout l'apport scientifique au bien-être de la population.

Réformer vraiment le système de santé québécois demanderait donc d'aller au-delà des décisions administratives et financières qui ont été prises au cours des dernières années et d'approfondir la signification des mots qui sont à la base même du système. Là se trouverait une réforme qui va au coeur de la population et qui inviterait chaque citoyen à mieux se prendre en main vis-à-vis sa propre santé.

Martin Moisan, M.D.
Kanesatake Health Center
12 Joseph Swan
Kanesatake (Québec)
J0N-1E0

1. Pierre Pelchat, Le Soleil La press.ca, article "Réforme Barrette: des super mamouths bureaucratiques décriés", 25 septembre 2014.

2. Entrevue de Patrice Roy avec le ministre Gaétan Barrette, Le téléjournal 18h00, Radio-Canada, 25 septembre 2014.

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